Dépêches du Bénin no 1 : Rentrer à la maison… dans un nouveau pays

« Tandis que je me prépare au long voyage de retour, je sais que je vais continuer à chérir le concept de bienveillance qui a marqué ces deux dernières semaines. Et si je peux mettre cette leçon en pratique dans ma propre vie — avec ma famille, mes patients, mes collègues — alors je réussirai à garder en moi une partie de l’expérience de l’Africa Mercy, jusqu’à ce que je retrouve cette chaleureuse communauté dans un nouveau port, dans un nouveau pays. »

C’est par ces mots que j’ai mis fin à mes dépêches en provenance de l’Africa Mercy le 11 mars 2016, après ma première mission à bord du plus grand navire-hôpital au monde, amarré alors à Tamatave, Madagascar. Moins de 10 mois plus tard, je suis de retour sur l’Africa Mercy, ancré cette fois au large de Cotonou, au Bénin, ce pays si lointain où je n’étais encore jamais allé. Et pourtant, dès que j’ai emprunté la passerelle et que je me suis retrouvé sur le navire, j’ai eu l’impression de rentrer à la maison. L’hospitalité, la compassion et l’amour inconditionnel du personnel sont bien tels que je me les rappelais ces dix derniers mois.    

Mon arrivée avait aussi quelque chose de spécial, puisque cette fois, j’étais accompagné de Yasmine Yousef, une brillante résidente de chirurgie qui s’intéresse particulièrement à la chirurgie mondiale. J’encadre Yasmine depuis sa toute première année de médecine, et ç’a été un véritable plaisir de la voir progresser. C’est la première fois qu’une résidente d’Amérique du Nord m’accompagne en mission, et je suis vraiment ravi de pouvoir continuer à encadrer Yasmine, tout en offrant mes services.

Le Dr Emil, la Dre Yasmine Yousef et des infirmières de l’Africa Mercy préparent l’horaire du bloc opératoire. Nous avons passé quelques heures à examiner les enfants qui avaient été présélectionnés par les infirmières du navire. Nous avons eu droit à tout un éventail de problèmes chirurgicaux complexes : hernies géantes, anomalies de la paroi abdominale, masses des tissus mous, lésions rares et anomalies congénitales non traitées. Mais le cas le plus délicat est celui d’une petite fille d’un an qui présente un tératome sacro-coccygien géant, c’est-à-dire une tumeur congénitale au coccyx, très semblable à celle que j’ai extraite lors de ma première visite sur l’Africa Mercy. Cette fois, par contre, la patiente semble plus fragile. Elle souffre de malnutrition et d’une grave anémie. Sa tumeur est ulcérée et saigne. Et en désespoir de cause, sa mère lui a donné le seul médicament qu’elle a pu trouver, soit de l’aspirine, qui augmente le risque de saignement. L’équipe — composée de Yasmine et moi, d’anesthésiologistes américains et canadiens, d’un pédiatre allemand et d’infirmières d’Australie, d’Irlande et de Singapore — s’est rassemblée pour analyser la situation et soupeser les difficultés. Malgré les risques, nous avons décidé de l’opérer dans quelques jours, après l’avoir préparée le mieux possible. C’est sa seule chance de survie.   

Après ces examens, nous avons rencontré le responsable du bloc opératoire et les infirmières pour faire l’horaire des deux prochaines semaines. Demain, on commence à opérer. 

Photo en haut à gauche : Le Dr Sherif Emil, en compagnie de Jane White, infirmière, et d’un patient lors d’une consultation.

Photo en haut à droite : Le Dr Emil, la Dre Yasmine Yousef et des infirmières de l’Africa Mercy préparent l’horaire du bloc opératoire. 

Le docteur Sherif Emil est chirurgien pédiatre et directeur de la division de chirurgie thoracique et de chirurgie générale pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour enfants. Pendant 2 semaines, il fera partie de l’équipage bénévole de l’Africa Mercy, amarré en ce moment à Cotonou, au Bénin. L’Africa Mercy est le plus grand navire-hôpital civil au monde qui a pour mission d’apporter espoir et guérison aux dizaines de milliers de populations défavorisées dans le monde.

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