Percer les secrets du croup

Par Richard Haber, M.D.
 
Une enfant de 18 mois se réveille de sa sieste avec une toux très rauque et des problèmes respiratoires. À l’examen, vous notez que son nez coule et qu’elle a un peu de fièvre (38,8 º C). La fréquence respiratoire est de 32 respirations par minute et la couleur de la peau est bonne. La fillette fait un son rocailleux à l’inspiration et ses pleurs sont légèrement rauques. Les deux parents ont un rhume. Vous faites le bon diagnostic de croup, ou laryngo-trachéo-bronchite.
 
Meilleurs traitements
 
Le croup est assez fréquent durant les mois d’hiver au Canada. Bien qu’il affecte environ 3 % des enfants de moins de 6 ans, seulement 1 % d’entre eux ont besoin d’être hospitalisés1. La détresse respiratoire résulte d’une réponse inflammatoire à une infection virale des voies respiratoires, due à l’étroitesse des voies aériennes.
 
La toux du croup est pratiquement pathognomonique de la maladie, mais la présence d’un corps étranger et, plus inquiétant, l’épiglottite font partie des diagnostics différentiels à évoquer. Cette dernière, appelée plus justement supraglottite, se fait plus rare en raison de la vaccination contre le virus Haemophilus influenzae de type b (Hib). De son côté, le croup affecte la glotte et la sous-glotte. On peut également évoquer, surtout chez les enfants plus vieux, la cellulite rétropharyngée ou l’abcès et le phlegmon périamygdalien.
 
Règle générale, le croup est une maladie relativement bénigne qui ne nécessite qu’un peu de réconfort. Rappelez aux parents de bien hydrater l’enfant et de lui donner un antipyrétique en cas de fièvre (>38,5 º C), mais surtout pas de sirop contre la toux, qui n’est jamais indiqué. Plusieurs médecins d’expérience recommandent d’utiliser un humidificateur à vapeur ou de rafraîchir légèrement la chambre de l’enfant. En cas de quinte de toux, les parents peuvent emmailloter leur enfant et sortir prendre l’air durant 15 à 20 minutes; cela peut aider à dégager un peu les voies respiratoires supérieures. Ils peuvent aussi s’installer avec leur enfant dans la salle de bain remplie de vapeur pour faire respirer cette bruine humide à l’enfant. Bien qu’il n’y ait pas de preuves que ces mesures ralentissent l’évolution de la maladie, elles semblent au moins procurer un certain soulagement (à l’enfant, si ce n'est aux parents). La littérature appuie l’administration d’une dose de dexaméthasone (0,6 mg/kg) par voie orale1. Le budésonide en aérosol a été utilisé avec succès en présence de croup modéré à grave2. (J’ai déjà utilisé une dose de 500 μg avec succès.) Des traitements plus soutenus sont rarement nécessaires. L’évolution clinique est habituellement de 3 à 7 jours, avec une diminution graduelle des symptômes; la toux sèche et l’enrouement peuvent persister quelques jours de plus.
 
Épiglottite

Rappelez aux parents que l’obstruction des voies respiratoires supérieures en cas de croup n’entraîne presque jamais d’obstruction grave ou complète nécessitant une intubation, contrairement à l’épiglottite qui, heureusement, est rare. Les signes d’épiglottite à surveiller sont l’âge de l’enfant (habituellement plus vieux), le fait de baver et l’incapacité à déglutir, la position avancée du menton pour préserver l’efficacité des voies aériennes et une expression faciale tendue. Si l’on soupçonne une épiglottite, un traitement d’urgence immédiat doit être entrepris à l’hôpital avec l’aide de collègues des départements d’oto-rhino-laryngologie et d’anesthésie.
 
Bien que la toux « aboyante » soit pathognomonique, la présence d’un corps étranger et l’épiglottite font partie des diagnostics différentiels à évoquer.
 
Références :

1. Bjornson, C. L. et coll. NEJM, vol. 351, no 13, 2004, p. 1306-1313.

2. Griffin, S. et coll. Br J Gen Pract, vol. 50, no 451, 2000, p. 135-141.
 
Richard Haber, M.D., FAAP et FRCPC, est professeur agrégé de pédiatrie à l’Université McGill et directeur du Centre de consultation pédiatrique à L’Hôpital de Montréal pour enfants.