Retards et troubles de la parole et du langage

Introduction

Le présent document a été produit par des orthophonistes du Département d’orthophonie de l’Hôpital de Montréal pour enfants dans le but de fournir au personnel médical de l’information précise et concise au sujet des retards ou troubles de la parole et du langage.  Ce document contient, entre autres, les éléments suivants : définitions, conséquences possibles, indicateurs précis du moment opportun pour une demande de consultation en orthophonie.

Quelques faits

L’incidence des troubles de la parole et du langage est estimée à environ 13% chez les enfants âgés de 2 à 5 ans, avec un ratio garçon/fille de 2 pour 1.

Les troubles de la parole et du langage peuvent être isolés.  Ils peuvent également être associés à d’autres troubles (par exemple, un déficit d’attention) ou encore être un des éléments d’un retard global de développement.

Ils peuvent aussi être causés par certains problèmes comme un traumatisme crânio-cérébral, de l’épilepsie ou de la sclérose en plaques.  Le manque de stimulation, la négligence et les abus sont d’autres facteurs qui peuvent avoir une influence adverse sur le développement du langage.

Dans tous ces cas, il est important que l’enfant soit référé en orthophonie pour une évaluation complète de ses habiletés de langage et de parole.  Suite à cette évaluation, l’orthophoniste pourra faire les recommandations quant aux interventions et traitement appropriés pour cet enfant (visites de contrôle, programme à domicile avec suivi périodique, thérapie orthophonique intensive).

Des services d’orthophonie peuvent être obtenus dans la plupart des centres hospitaliers, dans les centres de réadaptation, dans les écoles ainsi que dans certains CLSC et en pratique privée.  Les enfants peuvent être référés en orthophonie dès l’âge d’un an.

Un enfant qui a des difficultés importantes de langage réceptif et/ou expressif a généralement  de la difficulté à interagir avec sa famille et avec ses pairs et à développer son autonomie et ses habiletés de socialisation.

Il est aussi plus à risques d’éprouver des problèmes académiques sévères.  Toutes ces difficultés sont souvent associées à des problèmes de comportement qui résultent des frustrations vécues quotidiennement par l’enfant lorsqu’il ne réussit pas à comprendre les autres et/ou à exprimer ses besoins.

Comme professionnels de la santé, vous avez un rôle primordial à jouer au niveau de la détection précoce des troubles et retards de la parole et du langage.

Définitions

LANGAGE

Difficultés de langage réceptif : difficultés à comprendre le langage (mots, phrases, idées exprimées).

Difficultés de langage expressif : difficultés à s’exprimer en utilisant le langage (production de sons, de mots et de phrases, formulation d’idées)

Difficultés morphosyntaxiques : difficultés à produire des phrases correctes grammaticalement ou à comprendre des unités grammaticales.

Difficultés de vocabulaire : difficultés à nommer les objets ou à reconnaître le nom des objets.

Difficultés phonologiques : difficultés à produire les sons d’un mot (exemples : s®t, f®p, r®y, v®b, omission de sons ou de syllabes).

PAROLE

Difficultés d’articulation : distorsions de sons (ex. : sigmatisme interdental), production erronée des sons de la parole causée par un problème au niveau du système nerveux central et/ou périphérique (i.e. dysarthrie).

Difficultés de voix : qualité vocale anormale (ex. : voix rauque, voix éteinte) causée par un trouble de la respiration et/ou du mouvement des cordes vocales, par des changements organiques des cordes vocales (exemple : nodules) ou par une mauvaise utilisation du mécanisme vocal (i.e. abus vocaux).

Difficultés de fluidité (bégaiement) : interruptions dans le flot normal de la parole (i.e. répétitions, prolongements, pauses excessives).

Difficultés de résonance : déséquilibre entre la production orale et la production nasale de la parole (exemples : hypernasalité, hyponasalité).

APRAXIE

L’apraxie est une difficulté à organiser volontairement et à ordonner correctement les mouvements impliqués dans la production des sons de la parole en l’absence d’un déficit musculaire.

Dysphasie/ trouble primaire du langage :

La dysphasie est considérée comme un trouble sévère et persistant qui affecte la communication et le développement.  Ce trouble nécessite une approche individualisée, adaptée à la sévérité du problème et à l’âge auquel le diagnostic est posé.

La dysphasie (qu’on appelle également aphasie congénitale, syndrome dysphasique, audimutité) résulte d’une dysfonction cérébrale causant des difficultés sévères et persistantes de langage réceptif et/ou expressif à un point tel que l’enfant ne peut communiquer normalement et ne peut participer aux activités convenant à son groupe d’âge.

Plusieurs profils de développement ont été observés chez les enfants dysphasiques.  Différentes sphères du développement langagier peuvent être affectées et les difficultés observées peuvent être de degrés divers.  Poser un diagnostic de dysphasie représente un défi en raison de l’hétérogénéité de cette population.  

Plus de garçons que de filles présentent une dysphasie.  En plus des problèmes de langage réceptif et expressif, des problèmes de perception auditive, d’abstraction, de généralisation et de perception temporelle sont également très souvent présents.

D’autres problèmes peuvent aussi être associés à la dysphasie (ex. : troubles de la motricité fine).  Toutefois, les habiletés cognitives non-verbales sont généralement meilleures que les habiletés cognitives verbales.


Développement normal du langage et indicateurs de difficultés

À 1 an, un enfant…
  • commence à connaître le nom des objets et des parties du corps (ex. : suce, nez, orteil) ;
  • commence à regarder un objet lorsqu’on lui demande où il est (ex. : Où sont tes orteils ?, Où est le chat ?) ;
  • préfère les personnes familières ; peut se détourner des étrangers ;
  • réclame un objet en le pointant du doigt et en produisant un son ;
  • peut commencer à produire quelques mots simples ;
  • imite des sons simple ;
  • envoie la main pour faire "bye-bye" ;
  • fait « non » de la tête ;
  • fait des choses pour voir comment les autres vont réagir (comme se couvrir la tête avec une couverture) ;
  • tend les bras ou tire l’adulte par son vêtement pour se faire prendre.
Il faudrait référer un enfant d’un an en orthophonie si :
  • il produit peu de sons (ex. : vocalisations, babillage).
À un an et demi, l’enfant…
  • répond aux demandes pour dire des mots ;
  • regarde les images ;
  • comprend la consigne « donne-moi » ;
  • peut montrer une ou quelques parties du corps ;
  • dit 3 à 10 mots spontanément ;utilise de vrais mots mêlés à du jargon ;
  • peut imiter les bruits d’animaux ;
  • peut imiter les autres enfants mais préfère jouer seul ;
  • parle à tour de rôle ;
  • démontre une utilisation fonctionnelle des objets (ex. : rouler une balle, placer un téléphone contre son oreille).
Il faudrait référer un enfant d’un an et demi en orthophonie si une des caractéristiques suivantes est présente :
  • ne réagit pas à son nom;
  • ne comprend pas des consignes simples et routinières (ex. : « Fais bye-bye »);
  • ne produit que des sons vocaliques, communique en utilisant des gestes;
  • variété limitée des sons produits dans un enchaînement de syllabes (i.e. peu de jargon);
  • ne dit aucun mot, même pas « maman » ou « papa »;
  • n’essaie pas de répéter ce qu’il entend (pas d’écholalie d’apprentissage).
À deux ans, l’enfant…
  • comprend des consignes simples (ex. : « Bois ton jus ») ;
  • peut montrer des parties de son corps ;
  • apprend la signification de nouveaux mots ;
  • écoute une histoire simple racontée à partir d'un livre imagé ;
  • nomme les objets, les actions, les personnes ;
  • commence à combiner deux mots ensemble (ex. : « Papa parti », « Encore lait ») ;
  • pose des questions (ex. : « C’est quoi? », « Où papa ? ») ;
  • aime faire semblant (ex. : imiter les tâches ménagères) ;
  • commence à interagir davantage avec les autres enfants (ex. : respecte le tour de rôle dans les activités familières).
Il faudrait référer un enfant de 2 ans en orthophonie si une des caractéristiques suivantes est présente :
  • ne comprend que quelques mots familiers (ex. :  bain, dodo, jus, dehors);
  • n’imite pas les bruits (bruits d’animaux, bruits d’auto, etc.) ou les mots;
  • ne produit que quelques mots intelligibles.
À deux ans et demi, l’enfant…
  • choisit un objet parmi un groupe de cinq en réponse à une demande verbale ;
  • suit des consignes à deux éléments (ex. : « Enlève ton manteau et mets-le sur la chaise ») ;
  • identifie des images qu’on nomme ;
  • produit fréquemment des phrases de 2 mots ;
  • produit des phrases de 3 mots à l’occasion ;
  • utilise certains pronoms (i.e. « moi », « toi ») ;
  • empile ou assemble les jouets et les objets ;
  • aime faire semblant ;
  • interagit avec des enfants de son âge.
Il faudrait référer un enfant de deux ans et demi en orthophonie si une des caractéristiques suivantes est présente :
  • ne comprend pas les questions à choix (ex. : « Veux-tu du jus ou du lait ? »);
  • ne comprend pas la question « C’est quoi? »;
  • ne peut pas suivre des consignes simples en contexte (ex. : « Va chercher ton manteau » quand ses parents sont prêts à sortir);
  • n’est pas compris de ses parents;
  • produit rarement des énoncés de 2 mots.
À trois ans, l’enfant…
  • comprend plusieurs mots comme des mots d'actions (« courir », « sauter », « s'asseoir »), des mots indiquant la localisation (« dans », « en-dessous »), des pronoms (« je », « tu ») et les contraires simples (« petit », « gros ») ;
  • écoute au complet des histoires pouvant durer jusqu'à 15 minutes ;
  • utilise de courtes phrases (ex. : « Moi veux faire ») ;
  • prononce ses mots clairement mais pas parfaitement ;
  • demande les objets par leur nom ;
  • pose des questions simples (ex. : « C'est quoi ça ? ») ;
  • commence à raconter des histoires simples ;
  • tient des conversations avec des jouets ou avec des animaux ;
  • joue avec les autres enfants ;
  • aime faire semblant.
Il faudrait référer un enfant de 3 ans en orthophonie si une des caractéristiques suivantes est présente :
  • ne semble pas reconnaître des objets familiers par leur nom;
  • ne comprend pas les questions simples (exemples : qui ?,  où ?);
  • ne comprend pas les consignes simples qui ne sont pas accompagnées de gestes naturels (ex. : « Mets ton manteau sur la chaise »);
  • ne comprend pas les concepts de base (ex. : en haut / en bas, petit / gros);
  • communique de façon non-verbale en utilisant des gestes ou s’exprime en combinant des gestes et des mots isolés, comme si produire des mots était trop difficile;
  • est inintelligible pour ses parents;
  • produit rarement des phrases de 3 mots.
À quatre ans, l’enfant…
  • comprend presque tout ce qu’on lui dit ;
  • comprend des mots qui expriment des concepts de grandeur, d'espace et de quantité ;
  • suit des consignes incluant 2 ou 3 actions (ex. : « Regarde sur la table et choisis un livre que tu aimerais ») ;
  • peut identifier les couleurs qui lui sont nommées ;
  • se fait comprendre de la plupart des personnes ;
  • utilise des phrases de quatre à cinq mots ;
  • pose des questions variées (ex. :  « comment », « pourquoi » et « quand ») ;
  • participe à de longues conversations ;
  • utilise le langage pour taquiner, raconter des histoires drôles, inventer des situations ;
  • joue bien avec les autres enfants.

Il faudrait référer un enfant de 4 ans en orthophonie si une des caractéristiques suivantes est présente :
  • répète les questions au lieu d’y répondre;
  • ne comprend pas les questions qui font référence à un événement passé (ex. : « Comment t’es-tu fait mal ? »);
  • semble comprendre l’objet de la question mais y r&# 33;pond de façon inadéquate (ex. : Question : « Où est le chat ? ».  Réponse : « Le chat est noir. »);
  • a de la difficulté à comprendre les prépositions spatiales (ex. : sur, dans, en-dessous, etc.…) ainsi qu’à reconnaître et nommer les couleurs;
  • s’exprime en utilisant des phrases de style télégraphique (exemple : « moi veux jus »);
  • cherche toujours ses mots;
  • fait souvent des commentaires inadéquats.
À cinq ans, l’enfant…
  • suit des consignes complexes (ex. : « Ramasse tes jouets et lave tes mains avant de venir manger ») ;
  • comprend bien plusieurs questions, incluant la question « comment » ;
  • connaît la différence entre « plein » et « vide », « fort » et « doux » ;
  • écoute des histoires, des conversations et des films ;
  • se souvient d'une longue histoire qui lui a été racontée ;
  • se fait facilement comprendre ;
  • fait des phrases complètes de 4 à 8 mots ;
  • pose beaucoup de questions, incluant la question « comment » ;
  • participe à de longues conversations avec les autres ;
  • peut parler d'une histoire qui lui a été racontée ou invente ses propres histoires ;
  • aime jouer avec un groupe d’amis.

Il faudrait référer un enfant de 5 ans en orthophonie si une des caractéristiques suivantes est présente :
  • a de la difficulté à répondre aux questions ouvertes (ex. : « Pourquoi le garçon pleure-t-il ? »);
  • a de la difficulté à suivre des consignes doubles (ex. : « Enlève ton manteau et mets le dans la garde-robe »);
  • a de la difficulté à saisir les concepts abstraits (ex. : concept de nombre, « premier / suivant / dernier »);
  • fait souvent des commentaires inadéquats ;  son discours manque de cohérence;
  • ne produit pas de phrases complexes (ex. : « Le garçon pleure parce qu’il s’est fait mal. »).

Après l’âge de 5 ans…

Certains enfants ne sont pas identifiés avant l’âge de 5 ans.  Quand les parents et les professeurs rapportent chez des enfants âgés de 5 ans ou plus des difficultés à suivre des consignes, à produire des phrases correctes au plan grammatical, à exprimer les idées et à trouver les mots, ces enfants devraient être référés à l’orthophoniste scolaire.

Problèmes de parole nécessitant une consultation en orthophonie

Si l’enfant présente un problème de fluidité (bégaiement), il devrait être référé à une orthophoniste.  Toutefois, il faut noter que plusieurs enfants connaissent une période d’hésitations normales lorsqu’ils développent leurs habiletés langagières, particulièrement entre les âges de deux ans et demi et de trois ans et demi.

Cette période pourrait durer de quelques jours à quelques mois.  Si elle dure plus de 4 à 6 mois, l’enfant devrait être référé en orthophonie.

Si l’enfant présente un problème léger d’articulation (comme par exemple, un sigmatisme après l’âge de 6 ans), il devrait être référé à une orthophoniste.

Si le problème d’articulation est de nature dysarthrique, il faudrait songer à une demande de consultation en neurologie et en orthophonie.

Dans le cas d’un problème de voix (raucité, tonalité vocale inappropriée, bris de tonalité, bris de phonation), une référence en ORL pour un examen des cordes vocales est souhaitable.  Par la suite, il faudrait référer en orthophonie.

Dans le cas de problème de résonance, une demande de consultation à la Clinique de fissure palatine devrait être faite pour les problèmes d’hypernasalité alors qu’il faudrait envisager une demande de consultation en ORL pour les problèmes d’hyponasalité.

Questions fréquemment demandées

Dans le cas d’un enfant exposé à deux langues ou plus, on ne peut parler de retard ou trouble de langage que lorsqu’il existe des difficultés dans la meilleure langue de l’enfant.

L’orthophoniste doit donc faire une évaluation dans la meilleure langue de l’enfant, soit directement, soit à l’aide d’un interprète.

Le fait d’être exposé à plus d’une langue ne cause pas de retard ou de trouble du langage.

Autres suggestions

Pour les enfants d’âge préscolaire présentant un problème de parole et/ou de langage, il est pertinent de recommander la fréquentation d’une garderie/prématernelle au moins quelques jours par semaine.  Ceci leur donnera l’opportunité d’être exposé à une plus grande variété de situations linguistiques et les aidera à développer leurs habiletés de socialisation.


Les parents pourront trouver sur Internet de l’information utile au sujet des retards ou troubles de parole et de langage en utilisant les mots clés suivants : ACOA (site de l’Association canadienne des orthophonistes et audiologistes) et OOAQ (site de l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec).
 
Visionnez notre vidéo sur le bégaiment avec l'orthophoniste, Lisa Massaro.

À propos de notre profession

Pour devenir orthophoniste, il faut avoir complété un programme de maîtrise en orthophonie.  Tous les orthophonistes pratiquant au Québec doivent être membres en règle de l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec.

Les parents qui désirent consulter un orthophoniste en pratique privée peuvent téléphoner à l’Ordre au numéro suivant : 514 282-9123.

Département d’orthophonie
Hôpital de Montréal pour enfants
Centre universitaire de santé McGill